URGENCE EBOLA EN ITURI : FACE AU DÉFI DE LA SOUCHE BUNDIBUGYO, LE LABORATOIRE DE BUNIA AU CŒUR DU DIAGNOSTIC RAPIDE
Alors que la République démocratique du Congo (RDC) et l’Ouganda font face à une résurgence de la maladie à virus Ebola causée par la souche Bundibugyo, le diagnostic rapide reste un maillon essentiel de la riposte. Grâce au Laboratoire de Santé Publique de BUNIA, la détection des cas est accélérée, même si la riposte globale demeure confrontée à des réalités de terrain complexes.
Selon les données disponibles dans le cadre de la riposte, l’Ouganda enregistre une situation plus circonscrite, avec 20 cas confirmés et 2 décès. En RDC, la situation reste plus préoccupante, avec 1 460 cas confirmés et 452 décès enregistrés.
Sur l’ensemble des 1 460 cas confirmés en RDC, la province de l’Ituri concentre à elle seule plus de 1 333 cas, soit près de 91,3 % des contaminations du pays. Plusieurs facteurs expliquent cette forte concentration : l’Ituri est une zone de transit intense, connectée aux provinces voisines et à l’Ouganda, ce qui multiplie les contacts. Les mouvements constants de population liés aux activités minières contribuent également à accélérer la propagation de la maladie.
À cela s’ajoute le contexte de conflits armés, qui complique le suivi sanitaire et favorise une transmission silencieuse, parfois pendant plusieurs semaines, avant la déclaration officielle de l’épidémie.
Dans ce contexte, le laboratoire provincial de Bunia joue un rôle hautement stratégique dans la gestion et la riposte contre l’épidémie d’Ebola. Situé au cœur de la province la plus touchée, il permet de rapprocher le diagnostic des communautés, de réduire les délais de confirmation et d’orienter rapidement les décisions des équipes de riposte.
Le Dr Placide Mbala Kingebeni, responsable du laboratoire de diagnostic Ebola au sein de l’INRB et directeur du département d’épidémiologie et santé globale à Kinshasa, met en lumière le rôle déterminant du laboratoire provincial de Bunia.
« Le laboratoire de Bunia joue un rôle crucial dans la lutte contre cette nouvelle épidémie d’Ebola causée par la souche Bundibugyo. Situé au centre de la province la plus touchée, il permet de réaliser rapidement le diagnostic des différents cas. Grâce à cette infrastructure disponible sur place, nous avons pu mettre en place un dispositif de diagnostic à Bunia et réduire de manière significative le délai de détection des cas au cours de cette épidémie. » explique le Dr Placide Mbala Kingebeni.
Les équipes médicales ont ainsi pu déployer des moyens de diagnostic directement sur place. Ce dispositif de proximité constitue une avancée majeure pour détecter rapidement les cas, isoler les personnes infectées et contribuer à interrompre la chaîne de transmission dès les premiers signaux.
Selon le Dr Placide Mbala Kingebeni, le fonctionnement du laboratoire repose sur un circuit précis et rigoureux, destiné à garantir à la fois la fiabilité des résultats et la protection du personnel.
« Comme dans tous les laboratoires, il existe un circuit précis. Il faut noter que le laboratoire est bien équipé et très bien construit. J’ai été agréablement surpris par la qualité de l’infrastructure réalisée ici. Les circuits sont respectés depuis la réception des échantillons venant des centres de traitement. L’équipe, bien formée, se protège correctement, enregistre les échantillons et les conduit jusqu’au laboratoire. Dans une enceinte de biosécurité de classe 2/3, les équipes peuvent ouvrir les boîtes, déballer les échantillons, les inactiver, puis procéder aux analyses PCR afin de déterminer s’ils sont positifs ou négatifs. » déclare le Dr Placide Mbala Kingebeni.
Le volume d’analyses déjà réalisé illustre l’ampleur de la riposte et l’importance de ce laboratoire dans la réduction des délais de détection de la maladie dans la région.
« À ce jour, plus de 3 000 échantillons ont déjà été analysés par le dispositif de l’Ituri, notamment le laboratoire provincial de Bunia et les laboratoires satellites de Mongwalu et Aru. Si l’on ajoute les échantillons analysés à Beni, à Goma et ceux provenant de Butembo, nous sommes à plus de 4 000 échantillons analysés depuis le début de cette épidémie. » précise le Dr Placide Mbala Kingebeni.
Le Dr Placide Mbala Kingebeni souligne également l’apport déterminant de l’Unité de Gestion du Projet de Développement du Système de Santé (UG-PDSS), grâce au partenariat entre le Gouvernement congolais et la Banque mondiale.
« Il faut d’abord noter que l’UG-PDSS est l’organe qui nous a permis d’avoir ce laboratoire bien équipé et bien construit. C’est un investissement important réalisé par la Banque mondiale à travers l’UG-PDSS. Cet appui permet de déployer les équipes de laboratoire sur le terrain, de prendre en charge celles venues de Kinshasa ainsi que les équipes locales de Bunia, et d’appuyer les laboratoires satellites du laboratoire provincial de Bunia. L’appui apporté par l’UG-PDSS va jusqu’au prélèvement de ces échantillons, en mettant à la disposition de l’équipe les moyens de se mouvoir facilement vers les centres de traitement. Il soutient les analyses en pourvoyant aux tests et aux équipements de diagnostic, et intervient même pour la saisie des données. C’est aussi l’UG-PDSS qui permet, par exemple, d’imprimer ces différents résultats en offrant des imprimantes et en assurant la fourniture quotidienne ou hebdomadaire de cartouches d’encre, tout en fournissant des ordinateurs pour que les données soient saisies correctement. De plus, comme je l’ai dit tantôt, lorsque les résultats sont prêts, ce sont ces mêmes véhicules, avec les différentes équipes, qui permettent non seulement d’envoyer les données en format électronique, mais aussi de déposer les résultats en format papier vers les centres de traitement. L’UG-PDSS nous accompagne pendant cette épidémie dans tout le processus, depuis le début jusqu’au rendu des résultats. » conclut le responsable du laboratoire de diagnostic Ebola.
Au-delà de l’urgence, cette expérience rappelle l’importance d’investir durablement dans les laboratoires provinciaux, la logistique de terrain et la formation des équipes. En rapprochant le diagnostic des communautés, la riposte gagne en rapidité, en efficacité et en capacité à sauver des vies face aux urgences sanitaires.
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- 3 juillet 2026